En août 1775, des incidents très
graves se produisent sur des maisons neuves mais non encore habitées. À Paris,
les bureaux du contrôle général se décident le 26 septtembre à faire signer
au ministre Turgot l'ordre de retirer de l'établissement du Poitou
tous ceux qui ne désirent pas s'y fixer.
On renverra
à Nantes «mutins», et tous les «marins» de la colonie. Cette mesure est accueillie
comme un arrêt d'expulsion et la réaction est immédiate au sein de la communauté
acadienne. La solidarité joue en faveur des «meneurs». Pérusse des Cars est
quelque peu désemparé.
Finalement on rassemble ceux qui vont partir avec leurs hardes et leur mobilier
; on leur accorde une avance de 10 jours d'étape et on leur confirme que dès
leur arrivée à Nantes, ils devront choisir entre l'île de Corse et l'île de
France (île Maurice), «ou renoncer pour toujours aux bontés de Sa Majesté».
C'est par les bateaux de la Vienne, en remontant ce fleuve jusqu'à la Loire,
que les 28 premières familles acadiennes - en tout 116 personnes - se dirigent
vers Nantes, le 24 octobre 1775. Un deuxième convoi comprenant 314 personnes
part les 13 et 14 novembre, suivi d'un troisième les 6 et 7 décembre 1775, avec
459 personnes.
L'hiver déjà rude à cette date fait ajourner le départ du dernier convoi. Ce
sont ainsi 183 familles qui arrivent à Nantes en cette fin d'année 1775. Au
sein de ces familles, on compte 45 charpentiers ou scieurs de long et 102 marins.
À Nantes, l'accueil des autorités locales est chaleureux. On dément l'information
selon laquelle la Cour voudrait envoyer les Acadiens en Corse ou à l'île de
France. Les Acadiens nouvellement arrivés communiquent ces données à leurs compatriotes
restés en Poitou et estiment qu'il ne faut plus porter crédit aux promesses
de Pérusse des Cars et de l'intendant de Blossac. Pérusse identifie trois Acadiens
comme étant les meneurs de cette cabale organisée pour faire échouer son projet
: Jean-Jacques Le Blanc, celui qui, depuis Saint-Malo, a déjà fait parler de
lui, Basile Henry, que nous retrouverons à Nantes, et Jean Renaud.
On prête même aux Acadiens, plutôt que d'aller en Corse, des projets d'évasion
et de retour en Acadie après s'être rendus maîtres des navires de transport.
La confusion est grande et l'établissement du Poitou est à l'agonie.À la fin
de l'hiver - mars 1776 -, deux nouveaux convois quittent Châtellerault pour
Nantes, composés respectivement de 311 et 138 personnes.
«Ainsi, des 1 472 Acadiens envoyés en Poitou deux ans et demi auparavant pour
y fonder une importante colonie, il ne restait plus que 25 familles, soit au
total : 157 personnes.