L' installation en Poitou commence
avec une triste nouvelle pour les Acadiens, la mort de leur protecteur, le roi
Louis XV, qui s'éteint le 10 mai 1774. L événement n'est pas sans importance
pour la suite : on constate un changement d'attitude brutal chez les Acadiens
; la fronde gronde ; ils refusent pendant un long moment de poursuivre la construction
des maisons.
Le nouveau contrôleur général
des finances, Turgot, promet des lettres patentes. Mais les Acadiens veulent
une charte définitive, des contrats formels en bonne et due forme. Ils refusent
de défricher s'ils ne reçoivent pas leurs titres.
Entre eux, ils reparlent de partir en Louisiane ou en Espagne. Pour ne rien
arranger, la récolte 1774 est catastrophique. La mortalité infantile est grande.
Face à cette situation, le gouvernement songe à se débarrasser des meneurs de
cette fronde afin de ne conserver à la «colonie» que les vrais laboureurs, soit
environ 600 personnes. Les autres pourront partir en Corse ou à l'île de France
( île Maurice), sur laquelle on a des projets.
À cette époque, le
célèbre physiocrate Dupont de Nemours est occupé à rédiger son fameux Mémoire
au Roi sur les Municipalités, véritable esquisse d'une constitution du royaume.
C'est alors qu'un personnage se disant son ami, le sieur Dubuisson, gros fermier
du Soissonnais, vient jeter la perturbation dans la colonie acadienne déjà en
effervescence, en critiquant le projet du marquis de Pérusse et les méthodes
de Sarcey de Sutières.
Cette démarche donne le coup de grâce à la colonie du Poitou, le personnage
étant écouté.il n'en faudra pas plus pour que le découragement l'emporte.
Les paysans du Châtelleraudais manifestent fréquemment leur jalousie à l'égard
des Acadiens. Ces paysans qui ont tant de mal à survivre, comprennent mal les
avantages accordés par le Roi aux Acadiens dont ils ignorent ce qu'étaient leurs
conditions de vie en Acadie, ainsi que le lot de misères qu'ils ont enduré depuis
plus de 20 ans. Et puis, ces terres de brandes qu'on leur a enlevées constituent
un manque à gagner pour tous, de même qu'un frein à leur propre expansion !
Quant à Louis Nicolas des Cars, marquis de Pérusse, il n'a pas que des amis
parmi les seigneurs des environs...
Les agissements suspects
de divers personnages, ajoutés au silence du gouvernement quant à la réalisation
de l'établissement, provoquent une grande émotion dans la colonie.il n'en faudra
pas plus pour que le découragement l'emporte.
Certains Acadiens qui doivent partir pour Nantes, vendent leur cheptel ; d'autres
laissent mourir leurs boeufs, ajoutant à la confusion générale. il n'en faudra
pas plus pour que le découragement l'emporte.