Le
« GRAND DERANGEMENT »
En novembre
1753, un nouveau gouverneur est nommé en Nouvelle-Écosse, le colonel
Charles Lawrence, celui qui deviendra «le bourreau du peuple acadien».
De plus en plus, les Acadiens sont victimes de brimades, «jusqu'à
la fatidique année 1755 où, en juillet, le conseil d'Halifax décide
de déporter le peuple acadien». Cette déportation s'étalera jusqu'en
1763, date du traité de Paris qui marquera une nouvelle pause dans les
hostilités entre la France et l'Angleterre.
Le 10 août 1755, 400 Acadiens de la région de Beaubassin se rendent
avec réticence à une convocation du gouvernement anglais au fort Cumberland,
l'ancien fort Beauséjour. Ils sont aussitôt arrêtés et des soldats sont
envoyés dans les campagnes environnantes pour s'emparer du reste de
la population. Des femmes viendront volontairement rejoindre leurs maris
que l'on embarque sur des navires venus d'Amérique, mais la plupart
des habitants de la région qui se sont méfiés de la convocation, ont
eu le temps de s'enfuir dans les forêts, aidés par les
Micmacs. Quelques-uns durent se rendre dans les mois qui suivirent,
d'autres ont errés pendant des années se nourrissant de
viande et de racines. En se cachant des Anglais, les plus chanceux rejoindront
l'île Saint jean. Et
la chasse aux Acadiens continue :
" Ainsi, sans plus tarder, je vais vous faire connaître
les ordres de sa Majesté. Vos terres, vos maisons, votre bétail
et vos troupeaux de toutes sortes sont confisqués au profit de
la Couronne avec tous vos autres effets, excepté votre argent
et vos meubles, et vous-mêmes devez être transportés
hors de cette province ".
Telles sont les paroles qu'entendirent les 418 Acadiens de la Grand'Prée
et de ses environs de la bouche du lieutenant-colonel John Winslow,
le 3 septembre 1755, convoqués dans l'église Saint-Charles
des Mines.
Les familles
acadiennes sont rassemblées par 315 miliciens afin d'être acheminées,
par 16 bateaux réquisitionnés pour la circonstance, vers les territoires
de la Nouvelle-Angleterre - Massachusetts, Connecticut, New-York, Pensylvanie,
Maryland, Virginie, Caroline du Nord et du Sud, Géorgie. 2 743
personnes furent ainsi déportées après que les
vainqueurs les eussent obligé à rentrer leur récolte.
A Port-Royal,
la capture se fit d'une manière particulièrement brutale
; les miliciens pénétrèrent de nuit dans les maisons,
le scalp des fuyards étant mis à prix et les maisons brûlées.
«Sur une populaition
d'environ dix milles Acadiens, on estime à près de 8 000 ceux qui seront
séparés de leur patrie à tout jamais.»
Quelques
milliers d'Acadiens
réussiront
à atteindre le Québec, la Gaspésie, l'Ile Royale
ou l'Ile Saint-Jean.
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