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L'itinéraire suivi est
celui de la messagerie ou du carrosse : Nantes, Angers, la Flèche, le
Mans puis Bonnétable, Bellême, Remalard, Châteauneuf en Thimerais, Dreux,
Houdan, Versailles et Paris. C'est aussi le chemin utilisé par l'une des
deux routes de poste de Paris à Nantes, celle qui compte quarante-six
postes. L'autre, la plus ancienne (1653) et la plus fréquentée sans doute,
longue de quarante-quatre postes, emprunte le même parcours que la précédente
entre Nantes et Le Mans mais passe ensuite par la Ferté Bernard, Nogent
le Rotrou, Chartres, Rambouillet et rejoint Versailles par Trappes (2).
Quel que soit le mode de transport utilisé : voiture publique ou privée,
quelle que soit -la condition sociale des passagers, le voyage reste une
aventure et une rude épreuve. Si les arrivées à l'étape du soir ne sont
pas trop tardives, 5 heures ou 6 heures du soir, les départs sont plus
que matinaux dans la nuit froide de l'hiver ; on part au plus tard vers
6 ou 7 heures du matin. «L'indicateur fidèle» nous donne des horaires
encore plus rigoureux : dès 4 heures du matin. Les auberges sont d'un
confort relatif et à Dreux, le jeune d'Espivent est obligé, faute de place,
d'«aller coucher avec les muletiers». Par contre la vitesse réduite permet
la flânerie ; pour se dégourdir les jambes ou pour soulager les chevaux,
on descend de la voiture : «pendant la demi-lieue que je fis à pied
avant Péloué» (au nord d'Angers). On a le temps de rencontrer des
connaissances qui viennent vous saluer au passage ; ainsi à Angers : «nous
y vîmes M. Musseau, commis au bureau des Postes, pour lequel nous avions
une lettre de M. Prémion (3); il me parut fort épais mais des plus obligeants;
il passa le soir avec nous, vint le lendemain matin savoir des nouvelles
de mes tantes». On ne peut s'empêcher de penser à Mme de Sévigné allant
à Vitré séjourner au Château des Rochers un siècle plus tôt. Les commis
ou directeurs de la Poste aux Lettres connaissaient bien leurs bons clients. (2) Liste des Postes de France |