Un
Acadien à Montreuil.
Marc
David, Cajun, sur la terre de son ancêtre
Les 5 et 6 juillet, Châtellerault
fêtera le cinquantenaire de sa rue des Acadiens. " La Nouvelle
République " a largement rendu compte de la journée
acadienne de Montreuil-Bellay du 29 mars (voir N.R. des 1er, 2 et 10
avril 1986). En remerciement, les Acadiens de la Vienne invitent les
Montreuillais à cette grande manifestation du souvenir.
Punis
quand ils parlent français.
Montreuil devient un
lieu de pélerinage pour bon nombre d'Américains à
la recherche de leur racines. On se rappelle qu'un certain Guillaume
Trahan a quitté la France en 1636 pour aller s'installer en Acadie
- extrême ouest du Canada - où il eut une vaste descendance.
Chassés de leur paradis terrestre par l'Anglais, certains Acadiens
se sont réfugiés en Louisiane où ils prirent le
nom de Cajuns ; d'autres déportés en Angleterre ont été
recueillis par le roi de France en 1763, puis installés près
de Châtellerault et à Belle-Ile, avant de repartir, pour
la plupart, vers la Louisiane.
Marc David est l'un de ces Louisianais issus des Trahan de Montreuil-Bellay
; la mère de son arrière grand-père était
une Trahan.
Sur les quatre millions d'habitants que compte la Louisiane, le tiers
sont Cajuns, mais seulement 500 000 parlent encore notre langue. Le
père et le grand-père de Marc, enfants, ne connaissaient
que le français.
Ils furent sévèrement brimés dans les écoles
quand ils l'employaient - Comme nos Bretons et nos Occitants - aussi
décidèrent-ils de ne jamais utiliser leur langue maternelle
devant le jeune Marc. Mais dans les années 1975, un mouvement
irrésistible se fit en faveur du français. Marc découvrit
qu'il avait un ancêtre né dans une petite ville de France
: Montreuil-Bellay.
En septembre dernier, avec sa jeune soeur, Marc bénéficie
d'une bourse d'un an offert par le Codofil (Conseil pour le développement
du français, Alliance France-Louisiane) et part pour Mons en
Belgique, d'autres étudiants vont à Montréal et
à Angers.
Son année scolaire terminée, il peut réaliser son
rêve, voir Montreuil-sur-le-Thouet, terre originelle des Trahan.
Il arrive en stop, avec sa toute petite tente, en même temps que
l'été 1986, treize générations après
l'exil de Guillaume.
Imaginez son émotion d'être accueilli par Guy Trahan, viticulteur
à Cersay, tout près, lointain cousin resté au pays,
sa joie de passer deux heures dans la petite école du Coudray-Macouard
à expliquer que chez lui, les villes s'appellent Bâton
Rouge, la capitale, La Nouvelle-Orléans, La Fayette, Saint-Martin-Ville
et que l'on emploie des mots étranges comme : je ne veux pas
que tu misères, pour que tu souffres ; la maman huche ses enfants
(appelle en criant) ; garoche-moi la pelote (lance-moi la balle).
Au bonheur de Marc, quand gaillard de 24 ans qui remporte dans sa Louisiane
natale la langue de ses ancêtres, se mèle la fierté
des Montreuillais d'avoir planté sur les rives du Mississipi,
cette plante vivace.
Alors, si le coeur vous en dit, rendez-vous à Châtellerault
les 5 et 6 juillet. Pour tous renseignements, s'adresser à Jacques
Sigot, tél. 41 52 33 76.
|