Famille Coste - De Saint-Pierre-et-Miquelon à la Presqu'île guérandaise. Anastasie Coste, l'épouse de Thimoléon Fleuriot, écrivit, à l'intention de son fils Jules un recueil de notes « sur les personnes et les évènements », « recueillies et racontées intimement » qu'elle offiit à ce dit fils pour l'anniversaire de sa naissance le 6 janvier 1876. En voici un court extrait (page 10) : « Maintenant, mon cher Jules, je suis en retard pour t'apprendre que ma mère, Marie Chellet, dont je t'ai déjà parlée, avait épousé Mr Joseph Marie Coste, né à l'Ile Saint-Pierre et Miquelon le 4 mai 1784 où son père, marié à Melle Anastasie Sire, était négociant-armateur. Ce dernier mourut à Nantes le 21 floréal de l'an cinq. Ils avaient cinq garçons, jeunes encore, lorsque les Anglais débarquèrent dans l'île, ne donnant aux habitants que quarante huit heures pour la quitter. Papa nous disait qu'il se rappelait de la consternation qui régna à cette nouvelle. Il fallait abandonner subitement propriété, positon confortable, établissement. Mon père, l'un des plus jeunes, se souvenait qu'avant de quitter leur demeure, ses frères et lui cassaient les glaces et ce qu'ils ne pouvaient emporter. Ils s'embarquèrent avec leurs parents sur un navire appartenant à ton bisaïeul Coste. Mais une fois en mer, sa femme resta malade et ils débarquèrent à Boston où elle mourut. Pleins de chagrin à ce nouveau malheur, ils vinrent à Nantes, où ils retrouvèrent beaucoup de Miquelonnais presque tous parents où amis expatriés comme eux. Le frère aîné fit construire un navire et prit ses frères avec lui. Puis quand le second qui s'appelait Jean en eût été capable, on fit construire un autre navire ; il commanda à son tour. Ils en agirent ainsi jusqu'à ce qu'ils eussent tous un commandement. Entre ton grand père et tes oncles, ils avaient part dans vingt navires, dont 18 ont été capturés ou naufragés ; et la fatalité a voulu qu'aucun d'eux ne fut assuré au moment de sa perte. Le Gustave Hippolyte s'est perdu à Etel en 1830, l'Eugénie , la Sirène, le St Yves commandés par trois capitaines Coste ont été capturés près de Belle-Ile le même jour ? Laurent Coste, père de Madame Séguin, a été pris trois fois par les Anglais. Ton oncle Jean a été pris par eux plusieurs fois aussi et a fait naufrage à Maumusson , près de Camaret, en 1821 sur le Bon Joseph. En 1830, le deuxième garçon* de ma tante Coste aînée, a échappé comme par miracle au naufrage de la Virginie. Ton oncle Xavier Coste** qui commandait la Pauline a fait naufrage et a péri devant Cherbourg en janvier 1837 par une tempête épouvantable. On a fait des efforts impossibles pour aller à son secours. On le voyait, ainsi que son équipage, lutter avec énergie pour échapper à la mort qui les menaçait, à la mer qui les a engloutis. Je crois t'intéresser, mon cher Jules, en rapportant ici un extrait du journal le Lloyds Nantais, qui écrit dans ces termes : « Il existe peu de marins navigant dans la Manche depuis la paix qui soient connus plus avantageusement que ne l'était l'infortuné Xavier Coste, capitaine du Dogre la Pauline. Il réunissait à toute l'énergie d'un homme encore dans la force de l'âge, les meilleures qualités de coeur. Il n'est pas non plus de port de commerce où ce nom résonne d'une manière plus honorable. La famille Coste est originaire de Saint-Pierre et Miquelon et la mer semble son élément, quoiqu'à diverses époques, elle y ait éprouvé d'affreux désastres. On cite partout comme exemple, l'attachement fraternel qui se faisait remarquer entre les Messieurs Coste. Chaque fois que l'un d'eux, ou de leurs parents, perdait un bâtiment, ils se cotisaient pour lui en donner un autre. Il est rare de rencontrer dans une même famille, autant d'union, de probité et de capacité comme homme de mer. Le capitaine Coste était veuf avec cinq enfants ». Maman, qui avait pris la copie de ces détails, ajoutait qu'elle la laissait à ses enfants, pour les encourager à imiter par leur union et leur probité, par leur attachement mutuel, ces vertus pratiquées par leurs parents. Ton grand-père commandait le Paul et Arsène, qu'il installa confortablement. Sa chambre était ornée de petits rideaux rouges avec des glands assortis, en soie de couleur. Je trouvais cela tout à fait de mon goût. ~- Papa épousa en premier mariage Mademoiselle Péraud du Rosais dont la mère habitait la terre de Beaulieu près Mesquer. Elle mit au monde ton oncle Emile et mourut lorsqu'il était tout petit. Sept ans après ton grand père se remaria à Mademoiselle Marie Chellet. Je suis née de ce mariage le 17 mars 1821. Dix neuf mois après, j'eus une soeur qu'on appela Virginie, qui avait onze ans quand je l'ai perdue, elle était douce et intelligente, et c'est la première séparation qui me causa une douleur profonde. Edouard naquit ensuite le ler mai 1824. Il était gentil et avait une chevelure noire bouclée très jolie, mais il était toujours ajusté de travers et n'y tenait nullement. Quinze mois après, venait ton oncle Jules, le 21 janvier 1826. Ils firent leur première communion au Croisic et furent ensuite au petit séminaire de Guérande. J'eus plus tard encore une petite soeur nommée Marie qui est morte au berceau. Tu le vois, mon cher Jules, me voici rendue à te parler de gens de ta connaissance et ce sera toi, plus tard, à continuer ces détails généalogiques. ». N.B. : *
Il s'agit de Joseph Bélonie Coste
. Son frère ainé, François
Victor et son autre frère Charles,
ont disparu avec le Jules Hippolyte, dont on est resté sans nouvelles
depuis son départ de Nantes, le 26 aout 1821. Un autre fils de
François Coste et de Françoise Cormier, Joseph
Eugène, sera retrouvé noyé à la calle
Durbec à Nantes en 1828, il avait vingt-six ans.
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